vendredi 17 avril 2015

DIANE LÈVE TOI!

DIANE LÈVE TOI!

La FC66 serait-elle particulièrement galante?
En tout cas c'est aux chasseuses catalanes qu'elle consacre le tout premier dossier de son blog.
Nos "filles d'Avril" viennent en effet de créer l'association "Chasse au Natur'Elles".

On oublie parfois que les Grecs et les Romains ont choisi une femme pour déesse de la chasse.
Delphine Ortega, présidente de cette nouvelle association, Sophie Lesage-Mary, vice-présidente, Laura Manelli et Nathalie Cervello, trésorière et secrétaire sont bien décidé à nous le rappeler.
Entourée des neufs membres de son conseil d'administration, avec le soutien bienveillant du Président Esclopé, Delphine espère aider les les femmes à faire le premier pas dans un monde toujours très masculin.

Si le nombre de chasseuses est en augmentation en France, il est difficile à estimer car le sexe des adhérents n’est pas toujours répertorié par les fédérations.
On s’accorde à considérer qu’elle représente 2% des chasseurs que compte la Fédération Nationale de la Chasse, soit 28000 chasseresses (chiffre 2010)


Dans les P/O, elles seraient en 2015 une centaine environ mais toutes n’ont pas validé leur permis. 

Diane Chasseresse (Luca Penni - Louvre)













Cette présence féminine au sein d’un milieu très majoritairement masculin provoque des  sentiments très contrastés de la part des chasseurs et des non chasseurs.


Source de curiosité, parfois de sarcasmes, elles sont l'objet de nombreuses interrogations:

Pourquoi sont-elles si peu nombreuses? 

Quelles sont leurs motivations ? 

Par quels chemins sont-elles arrivées à cette pratique?


Ont-elles la volonté de conserver toute leur féminité en chassant ou bien cherchent-elles à se fondre dans les codes masculins (habits, rituels…)?




Les hommes ont légitimé leur emprise en ce domaine depuis des temps immémoriaux.
Les croyances populaires le racontent.
Partout sur la planète, les superstitions ont gardé les femmes à distance de l’acte de chasse.
Nadia Veyrié: "De la chasse, des femmes et de quelques dimensions idéologiques" revue "Illusio" automne 2007


 Tout serait affaire de parfum...!!



Ni Chanel, ni Dior ou consort seraient en cause, mais plutôt l’effluve féminin du sang des menstrues que le gibier détecterait entre tous.
Ces légendes qui imputent à la femme une odeur particulière propre à faire fuir le gibier a longtemps était un alibi pour ceux qui voyaient en la femme un être particulier qu’il fallait contenir dans les tâches "domestiques".


 






En Sibérie Occidentale, on raconte que le chien enjambé par une femme perd son flair.

”En Amérique du Sud, si un homme a des rapports avec une
femme pendant ses règles, il devient indolent à la chasse. En Afrique australe,
si le chasseur ne s’abstient pas de tout rapport avec sa femme, le poison
dont sont enduites ses flèches sera sans effet. Chez certains Eskimos,
une vapeur rouge, visible seulement par les esprits des animaux, est censée
entourer les personnes qui saignent et ceux qui ont été en contact avec
elles »

 Alain Testart, « La femme et la chasse », in La Recherche, n° 181, octobre 1986

Dans certaines tribus, les femmes sont autorisées à accompagner les hommes. Mais alors, elles ne sont là que pour rabattre le gibier et ne manipulent aucune arme; en tout cas jamais d’armes tranchantes. 

Les femmes aborigènes utiliseront un bâton à fouir où la méthode de l’enfumage pour le petit gibier. 
Au japon les femmes Aïnou rabattent parfois un cerf avec des chiens  jusqu’à la rivière et le tuent à coup de massue.

La plupart du temps, les hommes ont donc depuis la nuit des temps préempter ce territoire et continuer à l’accaparer. 

C’est même un des marqueurs du rapport homme/femme établis dans nos sociétés. 




Selon Simone de Beauvoir,
« L’homo faber est dès l’origine des temps un inventeur […]. Il n’a pas seulement travaillé à conserver le monde donné: il en a fait éclater les frontières, il a jeté les bases d’un nouvel avenir. 

Son activité a une autre dimension qui lui donne sa suprême dignité : elle est
souvent dangereuse. Si le sang n’était qu’un aliment, il n’aurait pas une
valeur plus haute que le lait ; mais le chasseur n’est pas un boucher : dans la
lutte contre les animaux sauvages il court des risques. Le guerrier pour augmenter le prestige de la horde, du clan auquel il appartient, met en jeu sa
propre vie […]. 

La pire malédiction qui pèse sur la femme c’est qu’elle est exclue de ces expéditions guerrières ; ce n’est pas en donnant la vie, c’est en risquant sa vie que l’homme s’élève au-dessus de l’animal ; c’est pourquoi dans l’humanité la supériorité est accordée non au sexe qui engendre mais à celui qui tue »
Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe. Tome I : Les faits et les mythes, Paris, Gallimard,1949

C’est donc un sacré tabou ancré dans nos inconscients auquel les femmes doivent 
s’affronter pour prendre place en toute égalité sur le terrain de chasse aujourd’hui. Et si les superstitions ne suffisent plus à valider cet ostracisme au 21ème siècle, l’agencement social des hommes et des femmes pèse donc toujours beaucoup.

 


Certains témoignages sont éloquents: 

 “Au début, j’ai pris des leçons de tir et je pense que je
suis aussi bon fusil que mon mari. Mais j’ai bien vu que cela ne suffisait pas.
Alors j’ai appris à vider le gibier moi-même, comme tous les chasseurs. Mais
cela semblait au contraire les choquer ! J’ai eu beau leur expliquer qu’à la
cuisine, c’est bien la femme qui vide le lapin ou le poulet, on me répondait :
ce n’est pas la même chose. Alors j’ai laissé tomber et maintenant, pendant
la chasse, je vais me promener”

Bertrand Hell, Entre chien et loup. Faits et dits de chasse dans la France de l’Est, op. cit










 Voici quelques réactions recueillis le 26 janvier 2015 lors de l’inauguration de la maison de la Chasse et de la Nature à Perpignan:




Il y a encore bien du chemin à parcourir... "Il est important que la mentalité des hommes évolue car les réactions ne sont pas toujours élégantes à notre égard, et parfois pas très fair-play sur le terrain.”
Mais pas seulement les hommes. Chacune confesse que leur passion est souvent difficilement comprise de leurs amies elles-mêmes.
Fierté de saluer une victoire pour l’égalité des femmes ou bien dénonciation de la transgression d’un tabou: la femme est le lieu d’accueil de la vie, comment peut-elle s’arroger le droit de donner la mort? 




Alors comment a pu naître chez elle cette passion pour la chasse?
Traditionnellement, l’activité se transmet de père en fils. La ruralité qui était le terreau de ces relations inter-générationnelles ne pouvait que reproduire très majoritairement ce schéma. La vie urbaine, les progrès du féminisme, la pratique partagée de l’espace naturel au travers du sport entre les hommes et les femmes a permis de dépasser les tabous. L’image de la femme sportive, émancipée,  tout aussi capable physiquement de réaliser des  exploits s’est peu à peu imposée.
Laura Manelli Chasseuse Catalane


 “Et les femmes qui chassent, tu les aimes comment ? ” Elles
sont de plus en plus nombreuses, vous savez […]. En général, elles sont
plus habiles – plus fines, cela va de soi –, et plus adroites que les hommes
[…]. La chasse est une affaire d’hommes, en général, de passionnés jaloux
de leur chose à eux. Pourtant, comme eux, certaines aiment approcher,
guetter, se lever tôt, dresser un chien, savent braver la ronce et vider un chevreuil,
écouter la nature et tenir un fusil"

Léon Mazzella,
Pourquoi tu chasses? Réponses à mes enfants, essai, Bayard, 2000

 





Si on devine derrière ces propos la volonté d’affirmer que les femmes peuvent ”Faire Pareil” que les hommes dans une revendication d’égalité, ont-elles pour autant la volonté ”d’Être Pareil”? 
Ont-elles le même comportement dans l’action de chasse elle-même?
L’acte de tuer leur pose t-elles question? 




Les chasseuses interrogées n’avouent aucune difficultés au moment de tirer sur l’animal. Par contre, on pourrait deviner une volonté très affirmée de ne pas laisser de place à la fatalité quand il s’agit de la sécurité ou même du risque de blesser l’animal et de lui infliger des souffrances insupportables.

Il est intéressant d’éclairer ces débats par la pratique de la chasse féminine à l’étranger où elles semblent parfois plus développée.

Au canada par exemple… 

"... Elles sont plus patientes que les gars et dans le doute, elles ne tirent pas. Elles prennent moins de risques aussi.... Et elles préfèrent encore la collaboration et l’entraide plutôt que la performance.
...Les hommes sont plus compétitifs et sentent plus la pression de réussir. Les femmes, quand elles décident de ne pas tirer, toutes les autres se rangent derrière sa décision. " 
http://www.espaces.ca/categorie/destinations/activites/autres/article/1115-la-fin-dune-chasse-gardee



En Autriche… 




Diane - Igor Samsonov
" Herbert, un maçon de 40 ans, chasseur de père en fils, a vu les choses évoluer depuis une quinzaine d'années. Selon lui, il y aurait désormais 15 à 20% de femmes parmi les chasseurs autrichiens.
Comme beaucoup, il pense que les 11.000 chasseuses officiellement inscrites améliorent l'image de ce loisir dominé par les hommes. "Quand les femmes sont là", dit-il, "les hommes parlent un peu mieux, on fait plus attention à ce que l'on dit”.
"Les femmes ont amélioré la chasse, elles l'ont rendue plus élégante", estime aussi Jörg Deutschmann, 49 ans, venu depuis l'Allemagne prélever sa part de cerfs et de sangliers hongrois.
[…]
Cette enseignante jure qu'elle n'a jamais passé d'examen plus difficile que son permis de chasse. "On étudie les animaux, la forêt, l'écologie, les différents types de chiens, la balistique, la réglementation... Cela a pris un an."
[…]
Elle s'attache à tuer proprement, sans faire souffrir l'animal, pour lequel elle dit ne pas éprouver de pitié.
[…]
Reste un détail: "Il n'y a presque rien sur le marché pour habiller les femmes qui chassent". Les chasseuses s'en sortent avec les plus petites tailles des vêtements pour hommes, mais le résultat, dit Ingrid, est décevant : "On a l'impression de porter un sac.”

http://www.lepoint.fr/societe/en-autriche-les-femmes-sont-des-chasseurs-comme-les-autres-13-01-2014-1779543_23.php





L’acte de chasse a souvent été ramené à une certaine tradition, en filiation directe avec la chasse-cueillette pratiquée depuis la nuit des temps et aujourd’hui encore dans certains endroits sauvages de la planète.

Mais ne soyons pas naïfs! (ni hypocrites..?). 
La dimension économique est aujourd’hui l’un des prismes essentiels par lequel la chasse peut être analysée. La présence des femmes, en redistribuant les cartes en termes d’images, de comportements, d’éducation, de consommation, peut devenir un axe de développement non négligeable. 
Le cas s’est produit dans de nombreuses autres activités sportives ou de loisirs.


 

 En attendant l'organisation de défilés de mode à l'occasion de nos prochaines AG... (messieurs, méfiez-vous! vous pourriez être mis, vous aussi, à contribution!) les femmes apportent un nouveau regard ou du moins un nouvel angle de vue sur notre passion commune.


Petra  Kunée Créatrice de la marque DIANE CHASSE
À travers elles, c'est un lien vers les plus jeunes ou les citadins qui pourrait se tisser en évitant les embuches des caricatures et des préjugés qui accompagnent souvent la chasse.
Jusqu'à investir des lieux culturels inattendus...








Accepter et accorder toute leur place aux femmes au sein de nos institutions et sur nos terres de chasse ne serait pas anecdotique.
Si pour certains ce n’est pas encore, pour l’instant, par pur plaisir, que ça le soit par la moindre des politesses et au final par grande nécessité.


Diane chasseresse - Houdon



















Le Président Esclopé  entouré de chasseresses catalanes
 Pour terminer, voici le témoignage d'une de nos plus jeunes chasseresses catalanes, Johanna, qui du haut de ces 17 ans nous envoie bien des raisons d'espérer quant à la pérennité de notre passion, et quelques réflexions qu'il serait bon que nous méditions...
Comme pourrait encore risquer le poète...
la femme sera peut-être, aussi, l’avenir de la chasse...


L'association Chasse au Natur'Elles s'est donné comme objectifs de:

      - Rassembler les femmes partageant la même passion de la chasse, des grands espaces, de la nature…
      - Créer une dynamique féminine dans le monde de la chasse
      - Faciliter l’accès des femmes à la pratique de cette activité
      - Représenter les intérêts des chasseresses au sein des différentes instances cynégétiques
     - Assurer la promotion et la défense de la chasse au féminin en conduisant des actions d'information et d'éducation au sein du monde de la chasse mais aussi auprès du grand public…

                            
                                                                                              "Chasse au Natur'Elles" -  contact@fdc66.fr

Désireuses d’accéder à plus de mixité dans la chasse, la Fédération Régionale des chasseurs du Languedoc Roussillon et les 5 Fédérations Départementales des chasseurs ont souhaité mener une politique pour séduire et encourager les femmes à pratiquer les activités cynégétiques et rénover l’image de la chasse.
Un état des lieux de la place des femmes dans la chasse a été réalisé au niveau régional et à l’international, des associations de chasse au féminin ont été créées dans chaque département, des actions de communication ont été réalisées (défilé de vêtements de chasse, banderoles, journée de chasse,…) et un film a été réalisé, il sortira prochainement en DVD. 


https://www.francebleu.fr/infos/societe/les-femmes-modernisent-la-chasse-dans-les-pyrenees-orientales-1443450450

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